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Le paradoxe de l’Idem dans Identité

05/05/26

Le paradoxe de l’Idem dans Identité

Une enquête étymologique aux origines du mot identité et du paradoxe de l'idem.

Note de l'auteur – Mai 2026
Depuis la rédaction initiale de cet article, j'ai eu l'honneur de soumettre cette hypothèse étymologique à l'expertise de professeurs de philologie latine (notamment Pr. J. Clackson, Cambridge et Pr. B. Fortson, Michigan). Leurs retours ont invalidé la décomposition morphologique id + entitas (anachronisme de entitas, quantité vocalique).
Cependant, ces échanges ont confirmé un point crucial : identitas est bien une néologie délibérée de la période patristique. Si le mécanisme linguistique exact diffère de ma proposition initiale, la nécessité structurelle d'un tel mot pour remplacer le concept d'idolum et résoudre le paradoxe de la "mêmeté" reste, selon moi, valide.
Cet article est donc présenté ici comme une étape de recherche et une hypothèse de travail, dont la forme étymologique est à réviser, mais dont la conclusion structurelle (l'identité comme "Être Explicité") demeure le fondement de mes modèles.

Les premiers dictionnaires de latin modernes sont apparus à la deuxième moitié du XIXe siècle. L’équivalent français du Lewis & Short, le Gaffiot (1934), a fait l’objet d’une nouvelle édition numérique, corrigée et enrichie : Le Gaffiot 2016, établi sous la direction de Gérard Gréco. L’important ici est la dimension corrigée du dictionnaire. S’il a été corrigé, c’est bien qu’il renfermait un certain nombre d’erreurs.
 
Ensuite, les dictionnaires de latin précisent qu’Identitas est un terme Ecclésiastique. Cela signifie que ce terme a été forgé par, ou après Saint Augustin, après le début du Ve Siècle, probablement dans une institution ou une université chrétienne mais assurément sur les ruines de l’Empire de Rome et de ses croyances.
 
Et, comme tout nouveau ‘Corps  Enseignant formé à transmettre les importances communes’ (cf. p. 158 de l'ebook Les mécanismes de construction de l'identité), que l’on soit parent ou membre du Corps Enseignant, cela passe bien souvent par la Censure et le fait d’interdire certains mots, de chercher à les supprimer du vocabulaire.
 
Penchons-nous maintenant sur le terme latin idolum, idole. (Il est notoire que les Pères de l’Église condamnaient fermement l’idolâtrie.) Idolum est composé du préfixe id, puis du radical olum.
 
Le terme ĭd est la forme neutre (nominatif-accusatif singulier) du pronom démonstratif ĭs qui signifie « il, lui, elle, celui-ci ». L’expression Id est signifie « c'est-à-dire » ou, plus conformément à la culture Romaine, « CECI étant dit ». Ainsi, le préfixe Id s’envisage alors comme une force d’explicitation.

In the form of a painting by Vermeer, Charlton Lewis and Charles Short present their dictionary of Latin

Olum est décliné d’Olor, l’ancien terme latin pour Odor, odeur. Or, dans la Rome Antique, comme chez les Grecs anciens et l’Égypte Ancienne, les "Êtres de pur esprit" étaient souvent associés à la notion d’odeur (parce que présente, possiblement très impactante, mais invisible). Et, dans bien des langues, les termes Essence et Esprit font d’ailleurs partie des deux champs lexicaux.
Sur ce principe, l’étymologie d’idolum associe les notions de « Explicitation » et de « Esprit » (ou « Essence divine ») dans le sens de  l’Esprit Explicité. Or, une idole est définie comme une image ou une représentation d’une divinité avec ses attributs (et non une même odeur).¹
 
(Même si cela est évidement anachronique, le parallèle sémantique entre « l’image ou la représentation d’une divinité » et « la photo d’identité » se fait facilement. D’ailleurs, tout bon photographe de portrait ne cherche-t-il pas à diviniser son sujet ? Mais revenons à l’explicitation par id.)
 
Si, comme pour idolum, à la place du préfixe idem, le préfixe id est envisagé comme une force d’explicitation appliquée à "l'entitas" (décliné du verbe sum, être ; l’Être), identitas aboutit au sens de « CETTE entité », sous-entendu « l’Entité Explicitée » ou « l’Être explicité ».
 
Par suite, lorsque deux Entités Explicitées sont en tout point comparables (et faut-il que ces points soient explicités pour pouvoir être comparés), il est dit d’elles qu’elles sont identiques (d’où l’approche étymologique d’identitas par idem des dictionnaires).²

In the form of a painting by Vermeer, the genie of the lamp

Reste la question du "Pourquoi avoir forgé le mot identitas ? ».
Parce qu’un mot exprime une notion, une idée, et qu’il ne suffit pas de supprimer le mot pour supprimer la notion qu’il exprime. Si la communauté linguistique de référence a besoin d’exprimer une notion par un mot désormais interdit, elle en créera un autre ou l’empruntera à un autre lexique ou à une autre langue. Pour supprimer un mot, il est donc fort judicieux et redoutablement efficace de fournir un mot de remplacement en élargissant sa notion.

Maintenant, le mot idole existe toujours…
Note 1. Vous remarquerez comme la publicité de parfum cherche à élever au rang de divinité des idoles contemporaines pour expliciter leur parfum.
 
Note 2. Dans le cas de l’identité, les dictionnaires occultent ou ont oublié le sens premier au profit du sens qui lui est donné "Par suite". Il arrive aussi qu’ils inversent : de plus en plus, l’habileté serait un sens donné "Par suite" au mot Art, et non son origine. Faut-il y voir le signe de l’adaptation des dictionnaires à ce qu'ils estiment être la réalité de leur époque ?
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