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Dans quel monde vivons-nous ?

13/08/26

Dans quel monde vivons-nous ?

Note de recherche fondamentale de Guillaume P. G. Lamory sur les mécanismes universels de construction de l'identité.

Cette analyse macro-historique à l'échelle de l'humanité démontre la transversalité des modèles présentés dans l'ouvrage Les Mécanismes de construction de l'identité.

L’HUMANITÉ AVANCERAIT ACTUELLEMENT VERS LA FIN DE SA CINQUIÈME BOUCLE DE RÉTROACTION CUMULATIVE, ANNONÇANT L'AUBE DE SA SIXIÈME ÈRE.

Nous concevons l’histoire de manière temporelle, comme une ligne droite, telle une marche inéluctable du primitif vers le civilisé, de la croyance vers la raison. Et si nous l’observions de manière ontologique, à l’instar de toute entité vivante obéissant à une mécanique identitaire immuable, structurée par des cycles existentiels ?

La question fondamentale qui se pose est alors la suivante : « Pour l’Humanité, de qui ou de quoi est-ce le règne ? » La réponse à cette interrogation permet de diagnostiquer la structure identitaire d’une ère. Ensuite, puisque chacune s'inscrit dans une boucle de rétroaction cumulative, elles ne s’effacent pas totalement : des communautés des cycles précédents y perdurent, bien que leur rupture identitaire grandissante les rende inévitablement moins nombreuses.

I. Le Règne du Soleil
L'Ère de la Force (La Loi du Plus Fort)
Niveau dominant : Le Corps (Le corporel)

À l’aube de l’humanité, le Soleil règne sur le monde naturel. Dans ce royaume terrestre, nécessité fait loi et, concrètement, s’applique la loi du plus fort. C’est l’aristocratie des grands prédateurs qui, par leur force, dominent la chaîne alimentaire et régulent l’écosystème pour eux-mêmes. Chacun défend sa place jusqu’à la création d’un équilibre fragile. Pour échapper au statut de proie, l’hominidé développe l’outil et maîtrise le feu. Il évolue de cueilleur à chasseur-cueilleur, puis à agriculteur-éleveur. Par cette appropriation exclusive de parcelles du territoire naturel, il s’isole du monde naturel pour y vivre selon ses propres règles.
 

II. Le Règne de la divinité Solaire
L'Ère de l’Interprétation (La Loi des Signes)
Niveau dominant : L'Esprit (L'intellectuel)

Pour lui-même, l’Homme adopte une autre forme de dignité que celle de la domination brute. Il prie le ciel pour ses cultures et sa survie et fait du Soleil son Dieu. À l’autorité de la force s’ajoute la persuasion de l’interprétation. Le pouvoir de décision du chef devient tributaire de l’aristocratie des prêtres-astronomes. Seuls capables de lire les cycles célestes et d’apaiser le courroux divin, ils détiennent la clé de la survie agricole. Or, ceux qui font le pont entre le terrestre et le divin ont pour pendant les stratèges. C’est l’avènement des grandes théocraties (Égypte, Mayas), où le pouvoir réel appartient à ceux qui déchiffrent les signes. La population est soumise à un ordre religieux opaque, interprète de la divinité Solaire qu’elle n’est pas digne de comprendre, seulement d’apaiser.

Bas-relief of ancient Egypt depicting the cult of the solar deity

III. Le Règne du Poly/Monothéisme
L'Ère de la Beauté de cœur (La Loi de Charité)
Niveau dominant : Le Cœur (Le sentimental)

L’Homme aspire à l’harmonie avec le divin. De chaque groupe sociologique émerge une divinité représentative de la forme de dignité commune. C’est l’avènement du polythéisme grec et de la charité entre les fils du père des dieux et des hommes. Le pouvoir divin ne réside plus dans la contrainte, mais dans la consonance affective. Chaque groupe sociologique a son héros qui s’illustre. Chacun parle avec la divinité qui, pouvant emprunter n’importe quelle forme, fait le pont entre le terrestre et le céleste.

Le chaos politique et social de la chute de l’Empire romain nécessite un retour au monothéisme. L’Église réunifie l’Europe par la charité entre les fils de Dieu. La figure (chrèstos, bon, vertueux) qui fait le pont (Pontifex) incarne la forme de dignité universelle : la Bonté (Chrèstotès, beauté de cœur). Cela en dit long sur l’état de la société. C’est le retour de l’aristocratie des prêtres dont la légitimité repose cette fois sur la vertu et le salut de l’âme : le saint remplace le héros. Mais si dès le Moyen Âge central son œuvre est faite, l’emprise de l’Église étouffe le politique et l’économique.

God and Man stretch out their hands - Michelangelo's Creation of the world

IV. Le Règne de « la main invisible »
L'Ère de la Force financière (La Loi du Marché)
Niveau dominant : Le Corps (Le corporel)

C’est un nouvel éon avec un retour paradoxal à la force, mais matérialisée : l’Argent. Semblable à la force brute de la première ère, l’argent permet la domination et une liberté individuelle conditionnelle. Son aristocratie est composée d’actionnaires. La loi n’est plus divine, ni morale, ni naturelle : elle est rentable. Le nouveau territoire est le marché où les gestionnaires de capitaux dominent la chaîne économique et régulent l’écosystème financier pour eux-mêmes. Autre Soleil abstrait, la « main invisible » du marché impose ses cycles de crises et de croissances. Le politique, étroitement lié à l’économique, devient le théâtre de luttes de puissances géopolitiques où la valeur financière prime sur la dignité ou le sens.


V. Le Règne de la Divinité Monétaire
L’Ère de l’Interprétation (La Loi des Signes)
Niveau dominant : Retour à l’Esprit (L'Intellectuel)

S’élevant en dignité au-dessus des Hommes, et priant les marchés financiers pour ses placements et sa survie, le grand actionnaire fait de l’Argent un Dieu. À l’autorité du capital financier s’ajoute la persuasion de l’interprétation. Le pouvoir de décision du grand actionnaire devient tributaire de l’aristocratie des analystes financiers. Seuls capables de lire les cycles du marché et d’apaiser le courroux divin, ils détiennent la clé de la survie financière. Or, ceux qui font le pont entre le terrestre et le divin ont pour pendant les stratèges. C'est l'avènement des grandes places financières, où le pouvoir réel appartient à ceux qui déchiffrent les signes. La population est soumise à un ordre financier opaque, interprète de la divinité Argent qu’elle n’est pas digne de comprendre, seulement d’apaiser.

A modern financial analyst invoking the Monetary Divinity

Conclusion
Comprendre pour anticiper l'avenir

Cette grille de lecture offre une clarté cruciale : à chaque époque, une aristocratie se légitime en invoquant la souveraineté d’une puissance qu’elle prétend seule capable de servir ou d’interpréter. Les crises actuelles (iniquité, perte de sens, urgence climatique) sont les symptômes mécaniques d’un système qui tend à muter. Si l’histoire est cyclique mais cumulative, la question n’est pas de savoir quand ce règne finira, mais quelle fonction émergera pour le remplacer. Après la Force, l’Interprétation, la Bonté, l’Argent et maintenant l’Interprétation Financière, la logique du cycle suggère-t-elle un retour à une appropriation plus directe ? Une forme de relation à la divinité Argent, libérée d’intermédiaires, où les placements épousent directement des éthiques ou des formes de compliance ?

Il faut cependant comprendre que, quelle que soit l’échelle, les « indignes » d’un système, mus par l’insatisfaction, poussent collectivement à son effondrement. Puis, parmi ces indignes, le plus fort impose son nouveau système qui, à sa manière, s’oppose au précédent. Comprendre ces mécanismes ne relève pas de la philosophie spéculative. C’est la condition sine qua non pour ne pas subir la prochaine mutation identitaire comme une fatalité, mais la préparer en conscience. C’est précisément l’objet de la théorie unifiée exposée dans Les mécanismes de construction de l’identité (2026).

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